« [latãt] » est un poème visuel et sonore au cœur de la peau.

construit en degrés de complexité croissants, un solo (corps + toile de tente) devient trio avec l’arrivée du plasticien sonore Gaël Jaton, puis quatuor avec la lumière et une projection vidéo. Le titre joue sur les sonorités de « tente », « attente » et « latente ».

Katia Leroi-Godet explore la peau comme surface et comme profondeur labyrinthique, citant Paul Valéry : « Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau. » La toile de tente devient un ventre, un être, un dédale dans lequel le personnage s’enfouit pour retrouver des histoires et redonner sens à un morcellement apparent. Le spectacle travaille la fragilité, l’incertitude, les apparitions-disparitions, et interroge le passage entre dedans et dehors comme métaphore de l’identité et de l’unité recherchée.

Une toile de tente, un corps, un objet sonore rudimentaire, une syllabe répétée

Avec si peu de matière, Katia Leroi-Godet y loge tout un monde, à condition qu’on lui laisse la place de se déployer dans l’esprit de celui qui regarde.

La peau est la seule frontière que nous habitons des deux côtés à la fois. Elle sépare et elle relie. Elle protège ce qui est fragile en nous tout en étant elle-même la première chose exposée, la première touchée, la première blessée, la première caressée. Rien de si grand, en nous, n’est à ce point à l’extérieur.

La peau déplace cette quête vers la surface. Elle porte les cicatrices, les rougeurs, les tremblements, les rides du temps qui passe. Elle ne cache rien de ce qui compte vraiment, elle l’écrit directement, à même le corps. La pensée peut mentir, le discours peut se travestir ; la peau, elle, réagit, rougit, se hérisse, transpire, avant même que la conscience n’ait eu le temps d’intervenir. Elle est le lieu où l’intime devient visible sans notre permission.

Se saisir et se dessaisir du monde, c’est peut-être d’abord une affaire de peau : ce qui entre en nous par le contact, et ce que nous laissons partir en la découvrant, en l’exposant, en la donnant à voir.

Ne pas tout dire, ne pas tout montrer. Garder le geste juste, l’objet qui suffit, le mot qui n’a pas besoin d’un autre pour porter. Ce qui reste, une fois retiré de tout ce qui nous encombre, c’est ce qui résiste : la peau, la voix, le souffle, une matière qui rêve.